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La canicule et la sécheresse ont fortement impacté notre quotidien et tout particulièrement nos activités agricoles. Même si les spécialistes avaient prédit l’intensification des phénomènes climatiques, l’année 2026 doit être utile pour tirer des enseignements et prendre des décisions. C’est dans cet objectif que la CFDT Agri Agro a publié cet été un éclairage sur l’EAU, un bien précieux, qui n’appartient à personne mais qui engage tout le monde. 

L’eau est devenue un sujet majeur pour notre agriculture, nos territoires et nos entreprises agroalimentaires. Sécheresses plus fréquentes, baisse des nappes, épisodes de fortes pluies, tensions entre usages : le changement climatique nous oblige à revoir notre manière de produire et de gérer cette ressource.

Pour la CFDT, l’agriculture doit s’adapter à la ressource en eau — et non l’inverse. Il est primordial de rappeler un principe suivant : l’eau est un patrimoine commun. Elle doit donc être protégée, économisée et partagée dans l’intérêt général, aujourd’hui comme demain.

Il ne s’agit ni d’opposer agriculture et environnement, ni de nier les besoins des agriculteurs. Il s’agit de construire une agriculture capable de continuer à produire dans un contexte où l’eau sera plus rare et plus incertaine.

Première priorité : préserver les nappes et la qualité de l’eau

La question de l’eau ne se résume pas au volume disponible. La qualité des eaux souterraines et des nappes phréatiques est tout aussi déterminante.

Pour la CFDT Agri Agro la qualité des eaux reste préoccupante, notamment en raison des nitrates et des pesticides. Elle considère donc que la prévention doit prendre le pas sur une logique consistant à dépolluer toujours davantage une ressource que nous aurions laissé se dégrader.

Il faut défendre notamment :

  • La réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires ;
  • Le développement de l’agroécologie ;
  • Des rotations plus longues ;
  • Les cultures de légumineuses ;
  • Les sols couverts ;
  • Les haies, bandes enherbées et infrastructures écologiques ;
  • Une meilleure gestion des effluents d’élevage ;
  • La protection renforcée des captages d’eau potable.

L’objectif est clair : mieux protéger l’eau plutôt que compter uniquement sur des traitements toujours plus coûteux pour la rendre à nouveau potable.

Dans les aires d’alimentation des captages, la CFDT va même plus loin : elle estime que les parcelles agricoles devraient être conduites en agriculture biologique ou selon des pratiques agroécologiques et à bas niveau d’intrants, avec un accompagnement et, lorsque cela est nécessaire, des soutiens à la conversion.

Deuxième priorité : redonner aux sols leur capacité à stocker l'eau

Pour la CFDT, la meilleure réserve d’eau n’est pas nécessairement une infrastructure artificielle : c’est aussi un sol capable de retenir et d’infiltrer l’eau.

Des sols agricoles en bonne santé, riches en matière organique et couverts, permettent de mieux retenir l’eau, de favoriser son infiltration vers les nappes, de réduire le ruissellement et de limiter l’érosion. Les haies et bandes enherbées jouent également un rôle important.

La gestion de l’eau doit donc commencer dans les sols et dans les pratiques agricoles. Cela suppose aussi de préserver et restaurer les zones humides et de lutter contre les drainages qui les dégradent.

Cette approche est particulièrement importante dans nos territoires agricoles : ralentir, répartir, infiltrer doit devenir un véritable principe d’aménagement et de gestion de l’eau.

Troisième priorité : produire en fonction de la ressource disponible

La CFDT reconnaît une évidence : l’agriculture a besoin d’eau. Les cultures et les animaux en ont besoin et l’agriculture produit notre alimentation.

Dans un contexte de dérèglement climatique, garantir l’accès à l’eau pour l’abreuvement des animaux et les cultures constitue donc une préoccupation légitime. La CFDT considère même que l’irrigation agricole pourra être amenée à se développer dans certains territoires pour maintenir une production alimentaire.

Mais elle refuse une logique d’irrigation « à tout prix ». L’irrigation doit être un levier de résilience, pas le moyen de maintenir à tout prix un modèle de production.

La CFDT considère l’irrigation comme un dernier recours, après avoir travaillé sur les sols, les pratiques culturales, les variétés, les assolements, les dates de semis et, plus largement, sur la sobriété en eau.

L’enjeu est donc de passer progressivement d’une logique de « maximum de production » à une logique d’optimum de production, conciliant rentabilité agricole et économie des ressources naturelles.

Cela signifie choisir des cultures, des variétés et des pratiques adaptées au climat et à la ressource locale. L’objectif est de construire des systèmes agricoles plus sobres, robustes et résilients.

Et les retenues d'eau ?

Sur ce sujet très sensible, la position de la CFDT Agri Agro est claire.

Elle est opposée aux réserves alimentées par pompage dans les nappes ou par détournement d’un cours d’eau. La CFDT estime que ces dispositifs peuvent fragiliser les milieux et particulièrement les nappes phréatiques.

En revanche, elle n’exclut pas, sous conditions, certaines retenues collinaires, lorsqu’elles sont déconnectées des cours d’eau, alimentées par le ruissellement des eaux pluviales, dimensionnées de manière raisonnable et gérées par une collectivité.

Autrement dit : stocker ponctuellement l’eau de pluie peut être envisagé ; vider les nappes pour les stocker en surface n’est pas la réponse privilégiée.

La CFDT demande également que les nouveaux forages destinés exclusivement à un particulier ou à une exploitation/entreprise soient interdits et que les forages illégaux soient contrôlés et sanctionnés.

Quelle eau pour quelles productions ?

C’est une question que nous devons désormais accepter de poser collectivement.

Si l’eau devient plus rare, pourra-t-on continuer à irriguer toutes les cultures de la même manière ? Tous les débouchés doivent-ils être considérés comme prioritaires ? Qu’en est-il des productions destinées à l’exportation ? Des productions destinées à l’alimentation animale ?

La CFDT estime qu’il faut commencer à définir collectivement des critères de priorisation. Dans certaines situations, il pourrait être nécessaire d’orienter l’eau vers certaines productions et de favoriser davantage les productions destinées à l’alimentation humaine.

Ce débat est important pour une coopérative agricole : les choix de production, les contrats avec les agriculteurs, les filières développées et les investissements industriels doivent progressivement intégrer la disponibilité de l’eau comme un critère stratégique.

Les coopératives et l'agroalimentaire ont aussi leur responsabilité

La responsabilité ne repose évidemment pas uniquement sur les agriculteurs.

La CFDT Agri Agro demande aux entreprises agroalimentaires de poursuivre leurs efforts de réduction des consommations et surtout de mettre en place une véritable politique de sobriété en eau, avec un plan d’action.

Les représentants du personnel doivent pouvoir connaître les volumes consommés, les coûts, l’évolution des usages, les conséquences sur l’activité et les éventuels impacts sur le travail. La gestion de l’eau doit devenir un véritable sujet de dialogue social.

Pour les coopératives, le message est particulièrement intéressant : la CFDT estime qu’elles devraient travailler avec leurs agriculteurs-fournisseurs à développer des filières plus économes en eau, adaptées aux réalités de chaque territoire, notamment à travers le choix des espèces, des variétés et des modes de production.

Un sujet qui concerne aussi les salariés

Derrière la question environnementale se trouve aussi une question économique et sociale.

Une entreprise agroalimentaire qui dépend d’une ressource en eau devenue incertaine prend un risque sur son activité, ses résultats et, à terme, ses emplois.

La CFDT demande donc que les entreprises anticipent ces risques et intègrent la disponibilité de l’eau dans leurs stratégies. Elle préconise notamment la mise en place d’un plan de continuité d’activité intégrant le risque de pénurie d’eau, auquel les représentants des salariés doivent être associés.

Pour les élus CSE, cela signifie aussi poser des questions très concrètes :

  • Quelle quantité d’eau notre entreprise consomme-t-elle ?
    D’où provient cette eau ?
    Notre activité est-elle compatible avec la ressource disponible localement ?
    Quels investissements sont prévus pour réduire les consommations ?
    Quels risques pour l’activité et pour l’emploi en cas de sécheresse prolongée ?
    Quelle stratégie avec nos agriculteurs-fournisseurs ?

 

Pour la CFDT, l’eau ne doit pas devenir un sujet de confrontation.

La gestion de l’eau ne pourra pas être durablement imposée par les uns aux autres.
Agriculteurs, salariés, entreprises, collectivités, associations, consommateurs et pouvoirs publics doivent pouvoir participer aux décisions.

La CFDT défend donc un dialogue territorial, fondé sur des données objectives concernant l’état des nappes, les prélèvements, les besoins des différents secteurs et les conséquences du changement climatique. Elle souhaite renforcer les démarches de concertation comme les Projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE).

En résumé : quelle vision CFDT ?
Pour la CFDT Agri-Agro, la priorité n’est pas de chercher toujours plus d’eau pour maintenir les mêmes productions. La priorité est de :

  • Préserver les nappes et les ressources en eau ;
  • Restaurer la qualité des eaux et protéger les captages ;
  • Améliorer les sols pour retenir et infiltrer davantage l’eau ;
  • Adapter les cultures et les élevages aux réalités climatiques des territoires ;
  • Réduire les pesticides et développer l’agroécologie ;
  • Faire de l’irrigation un outil de résilience, utilisé lorsque cela est nécessaire et après avoir recherché toutes les économies possibles ;
  • Développer des filières alimentaires moins dépendantes de l’eau ;
  • Faire des choix collectifs sur les productions prioritaires lorsque la ressource devient insuffisante ;
  • Responsabiliser également les industries agroalimentaires et les coopératives ;
  • Associer les salariés et leurs représentants aux décisions qui concernent l’eau et l’avenir des activités.

L’eau est une ressource vitale. La protéger, c’est aussi protéger notre agriculture, nos emplois et notre capacité à produire demain.

Pour la CFDT, l’enjeu n’est donc pas de choisir entre l’agriculture et l’eau. Il est de construire une agriculture qui puisse durablement vivre avec la ressource en eau dont chaque territoire disposera.

Cliquez sur le lien pour découvrir l’intégralité de l’éclairage CFDT : L’EAU dans la filière Agri Agro

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