Fin juin, plus de 1 600 militants de la CFDT se sont réunis à Bordeaux pour le 51ème congrès de l’organisation. Dans un contexte actuel particulièrement lourd (tensions démocratiques, pouvoir d’achat en berne, urgence climatique et arrivée de l’IA), ce rendez-vous de cinq jours a permis de fixer les priorités syndicales pour les quatre prochaines années.
Voici ce qu’il faut retenir des grands débats qui ont animé ce congrès et qui concernent directement notre quotidien au travail.
Marylise Léon reconduite pour porter nos voix
Un moment clé de la vie démocratique du syndicat a été le renouvellement des équipes. Marylise Léon, qui avait pris la suite de Laurent Berger en 2023, a été largement réélue secrétaire générale. Le rapport d’activité de l’équipe sortante a d’ailleurs été validé par 86,65 % des votes, signe d’une vraie confiance pour la suite.
Salaire, pouvoir d’achat et reconnaissance : la priorité absolue
Le constat partagé à Bordeaux est sans appel : le sentiment de déclassement et la précarité touchent de plein fouet de nombreux secteurs (santé, propreté, social, agriculture…). Face à cela, la CFDT réaffirme que le travail doit avant tout permettre de vivre dignement.
- Ce qui va être défendu : Une augmentation générale des salaires, une révision des grilles de classification et une meilleure reconnaissance des métiers dits « essentiels ».
- Le partage des richesses : Face à l’explosion des dividendes et des grandes fortunes, le syndicat portera des exigences fortes pour que la valeur produite soit mieux redistribuée à ceux qui la créent. Comme l’a rappelé un délégué : « Les premiers experts du travail sont celles et ceux qui le font ! »
Humain d’abord : encadrer l’intelligence artificielle et repenser le management
L’intelligence artificielle s’invite partout, mais le congrès a posé des limites claires. La CFDT refuse que l’IA serve uniquement d’outil de productivité ou de contrôle. Le mot d’ordre est de garder un contrôle humain sur les décisions, d’obtenir de nouveaux droits et de garantir des formations adaptées pour que personne ne reste sur le côté.
Plus globalement, c’est la façon de travailler qui doit changer. Le projet de mandature 2026-2030 met l’accent sur un management plus participatif et sur un vrai droit d’expression des salariés pour l’organisation de leurs tâches. Dans cette même dynamique d’égalité et de société, le syndicat a voté pour revendiquer un allongement du congé paternité, estimant qu’un droit que l’on n’ose pas prendre à cause de la pression managériale n’en est pas un.
Face au climat, un nouveau « risque social »
C’est l’une des grandes évolutions de ce congrès : le dérèglement climatique est désormais officiellement considéré par la CFDT comme un risque social majeur. Pour protéger concrètement les travailleurs face aux vagues de chaleur ou aux transformations de leurs métiers, le syndicat propose une idée forte : la création d’une 6ème branche de la Sécurité sociale dédiée aux transitions environnementales et de vie.
Une boussole : la démocratie et les services publics
Le congrès a été l’occasion d’échanges vifs mais constructifs. Si certaines propositions clivantes ont été rejetées par le vote des militants – comme l’augmentation des cotisations syndicales ou l’ouverture du droit de vote à 16 ans –, les débats ont rappelé que la démocratie et le syndicalisme avancent ensemble.
Face à la montée des discours de haine, la CFDT réaffirme que la préférence nationale est incompatible avec ses valeurs. Les services publics (santé, éducation, eau, proximité) doivent être farouchement défendus et protégés des seules logiques de marché. Enfin, les témoignages poignants de syndicalistes invités, venus d’Ukraine, du Liban, de Turquie ou d’Argentine, ont rappelé une dure réalité : partout où les droits syndicaux reculent, les libertés de tous sont menacées.
En bref, ce qu’il faut retenir :
Face à l’individualisme, ce congrès de Bordeaux a prouvé que le collectif reste notre meilleure protection. Pour les quatre ans à venir, la CFDT continuera d’agir sur le terrain pour protéger les travailleurs, renouveler les solidarités (notamment via la CNAS en cas de coup dur) et construire un avenir plus juste.
Comme l’a résumé Marylise Léon en clôture : « Protéger et émanciper, c’est ce que nous sommes ensemble. »
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